Au Festival d’Avignon, tant de mots pour les maux d’aujourd’hui

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Les Particules élémentaires © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Par Gaëlle Bebin

La vacuité de la vie moderne, la difficulté à exister dans le monde contemporain ont été longuement soulignées au Festival d’Avignon.

Dieudonné Niangouna, artiste associé du Festival 2013 précise à propos de son spectacle Shéda que « l’homme semble être avalé, dissous par ce monde contemporain ». C’est ce que constatent certains philosophes de la « pensée critique », dans les textes efficacement rassemblés par Nicolas Truong, Nicolas Bouchaud et Judith Henry dans Projet Luciole. Falk Richter, avec Rausch, ne cesse de déplorer le système néo-libéral. Quant à Angelica Liddell, elle écrit au sujet de l’une de ses dernières créations, Todo el cielo sobre la tierra : « Nous sommes de plus en plus vieux, repoussants et déprimants, mais nous avons malgré tout besoin d’être aimés. Notre seule marge de décision, c’est de pouvoir déterminer jusqu’où nous sommes prêts à nous humilier ». C’est aussi ce que dit Houellebecq dans son roman Les Particules élémentaires, adapté au théâtre par Julien Gosselin.

Difficile de traduire cet état du monde et de l’humain sur la scène sans décourager ni épuiser le spectateur… La profération montre ses limites, qu’elle soit noyée dans un ensemble assez incohérent (Shéda) ou poussée à l’extrême par Angelica Liddell, la perpétuelle enragée, dans des performances fascinantes mais qui tournent parfois au solipsisme. Les spectacles les plus remarquables ont été ceux qui, en en disant moins, suggèrent d’autant plus.

Les Particules élémentaires © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Les Particules élémentaires © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Julien Gosselin, qui veut parler du monde contemporain avec des auteurs d’aujourd’hui, a réalisé une adaptation très réussie des Particules élémentaires de Houellebecq. « Il n’aime pas la société, mais il croit en l’humain » dit de l’écrivain le jeune metteur en scène, en qui il voit même un romantique.

« Ce livre est dédié à l’homme »… La fin des Particules élémentaires est un constat d’échec de l’espèce humaine par les clones parfaits, pacifiques et heureux qui ont pris sa suite grâce à des recherches scientifiques. Mais dans cette utopie cynique et défaitiste, on entend aussi un véritable hommage, pas tout à fait désespéré : « Cette espèce torturée, contradictoire, individualiste et querelleuse, d’un égoïsme illimité, parfois capable d’explosions de violence inouïes, mais qui ne cessa jamais pourtant de croire à la bonté et à l’amour ».

Dans le roman, Julien Gosselin a commencé par sélectionner les passages qu’il préfère  – certaines phrases sont d’ailleurs projetées en fond de scène – et les étapes de la narration indispensables à la compréhension. Des dialogues sont conservés et certains récits à la troisième personne sont transformés en monologues prononcés face au public, comme l’enfance abominable de Bruno. Le début du roman qui présente le personnage de Michel Djerzinski prend la forme d’une interview filmée en direct d’un acteur déguisé en Michel Houellebecq… L’ensemble de ces éléments, sans compter les énoncés scientifiques et la musique jouée en live par les acteurs, crée une forme hybride parfaitement maitrisée. Julien Gosselin va à l’essentiel. Du chapitre sur Bruno et Christiane au Cap d’Agde, il retient que c’est pour eux un moment de bonheur ; une très courte vidéo de la plage et un dialogue suffisent. Des ellipses sont ménagées pour que le spectateur fasse lui-même des liens entre les événements ; Michel et Annabelle n’ont que trois scènes ensemble.

Ainsi allégé, rythmé, avec la frustration, l’obsession sexuelle, la cruauté, la médiocrité et la misère affective incarnées par de jeunes acteurs éblouissants, le roman finit presque par paraître inférieur à son adaptation…

Dates de Les Particules élémentaires (tournée 2015 en cours d’organisation) :

    • Lille

du 08/11/2013 au 16/11/2013
Théâtre du Nord

    • Vanves

du 20/11/2013 au 21/11/2013<
Théâtre de Vanves

    • Soissons

le 08/04/2014
Le Mail

    • Villeneuve d’Ascq

du 15/04/2014 au 18/04/2014
La Rose des Vents

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