Avignon sens dessus dessous

Publié le par admin

Par Gaëlle Bebin

 

Affiche du festival dans les loges du Palais des papes © Gaëlle Bebin

L’éléphant de Miquel Barceló © Gaëlle Bebin

À l’envers, le fauteuil suspendu par les étudiants au plafond de l’entrée de l’École d’Art où, pendant le festival d’ Avignon, les spectateurs peuvent rencontrer les acteurs et les metteurs en scène.

En équilibre sur sa trompe, le monumental éléphant en bronze de Miquel Barceló, installé devant le Palais des papes.

Et l’affiche du festival lui-même, ici sur la porte des loges des comédiens à l’intérieur du Palais, évoque une figure de plongeur en point d’exclamation – la tête en bas…

Entrée de l’Ecole d’Art d’Avignon © Gaëlle Bebin

Ces figures à l’envers croisées à Avignon en juillet dernier seraient-elles à l’image de cette édition du festival ? Décevante souvent, surprenante certainement, passionnante pourtant !

Décevante

Un Mage, – sans magie. Comme Un nid pour quoi faire, Un Mage en été est un texte écrit par Olivier Cadiot, recomposé pour le théâtre par Ludovic Lagarde et interprété par Laurent Poitrenaux (cette fois seul sur scène). Tous trois ont beaucoup de talent et le dispositif de l’Ircam est parfait, qui permet de démultiplier les effets de voix du comédien. Seulement, la virtuosité a des limites, et le texte finit par tourner à vide. « C’est quelqu’un qui pendant une heure et demie essaie de trouver son…je ne sais pas quoi », explique très justement Olivier Cadiot pendant la conférence de presse.

Délire à deux, – à deux seulement. Dans cette courte pièce de Ionesco, un couple se dispute absurdement à propos de la différence entre une tortue et un limaçon, pendant qu’au dehors, un combat fait rage et pénètre progressivement dans leur appartement. La complicité entre Valérie Dréville et Didier Galas, et leur plaisir de jouer, sont évidents. Mais on ne sent guère de trouble ou de mise en danger sur ce ring austère, unique décor d’une partie de ping-pong verbal qui ne laisse pas réellement de place au monde extérieur, ni aux ambiguïtés de la folie.

Richard II, un roi ombre de lui-même, mais pas l’ombre d’une idée. Les dimensions de la Cour d’honneur à Avignon ont englouti un spectacle qui sera sans doute plus à sa mesure dans une salle de théâtre, ce qui rendra justice à la force d’interprétation des acteurs, notamment Nathalie Richard (la Reine) ou Vincent Dissez (Bolingbroke, futur Henry IV). On peut espérer d’ici là que la poupée parlante, par exemple, aura disparu de la mise en scène de Jean-Baptiste Sastre. Un spectateur lui demandant la raison du choix d’une femme pour jouer le rôle du duc de Norfolk, dont le grave désaccord avec Bolingbroke ouvre la pièce de Shakespeare, s’est attiré cette esquive : « Elle est très jolie, c’est une raison suffisante ».

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