Harold Pinter, maître de l’inquiétante étrangeté

Publié le par admin

Par Gaëlle Bebin

 

Le Retour © Ruth Walz

Deux pièces de Pinter, Une petite douleur (1959) et Le Retour (1965), sont montées en ce moment par les metteurs en scène Marie-Louise Bischofberger et Luc Bondy.

Dans Le Retour, un homme revient après plusieurs années d’absence, sans prévenir, rendre visite à sa famille. Cela ne se passe pas très bien en général, que l’on pense à Juste la fin du monde de Lagarce, au Fils de Jon Fosse ou au Malentendu de Camus… D’autant plus que le personnage, chez Pinter, arrive avec sa femme qu’il présente à son père et ses frères, grossiers et brutaux. Et ce qui arrive est de l’ordre du cauchemar, à la fois logique et inexplicable. Ce qui se produit reste tout à fait vraisemblable, mais comme dans une autre dimension dans laquelle on aurait basculé sans s’en rendre compte. « Je suis convaincu que ce qui se produit dans mes pièces pourrait se produire n’importe où, n’importe quand, bien que, de prime abord, les événements puissent paraître peu familiers. Si vous insistez pour que je définisse la chose, je dirais que ce qui se passe dans mes pièces est réaliste, mais que ce que je fais n’est pas du réalisme », précise l’auteur.

Le dénouement est psychologiquement terrifiant, c’est un retournement total par rapport aux attentes du spectateur au début, et pourtant, tout au long de la pièce, il ne s’est presque rien passé. On a suivi le quotidien trivial d’une famille, de la cuisine au salon, entre la porte d’entrée et l’escalier qui mène aux chambres. Certains détails sont même très drôles dans ces dialogues anodins en apparence. Il y a des conflits entre tous les personnages, mais ni rebondissement ni crise majeure (la catastrophe est toujours évitée) ; plutôt une menace constante, un malaise diffus, et, même à la fin, une ambiguïté persistante. Luc Bondy, interrogé sur ce qui peut particulièrement intéresser les lycéens dans la pièce, donne plusieurs pistes (voir la vidéo).

Sur un mode mineur et dans une tout autre atmosphère (milieu aisé, maison et jardin bien tenus), la courte pièce en un acte et à trois personnages Une petite douleur, créée pour la radio, fait subir elle aussi à un couple ordinaire un retournement final quasi fantastique, amené par des incidents insignifiants au cours d’une belle matinée d’été. La simple présence d’un personnage taciturne devient une énigme insupportable qui révèle « l’envers du décor » – l’angoisse, les frustrations et les aspirations différentes du couple.
« Il n’y a pas de distinctions tranchées entre ce qui est réel et ce qui est irréel, entre ce qui est vrai et ce qui est faux. Une chose n’est pas nécessairement vraie ou fausse ; elle peut être tout à la fois vraie et fausse. Je crois que ces affirmations ont toujours un sens et s’appliquent toujours à l’exploration de la réalité à travers l’art. Donc, en tant qu’auteur, j’y souscris encore, mais en tant que citoyen je ne peux pas. En tant que citoyen, je dois demander : Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? La vérité au théâtre est à jamais insaisissable. » (Pinter, Conférence Nobel, 2005)

Dossiers pédagogiques Pièce (dé)montée :

Le Retour

Une petite douleur 

Les dates

Le Retour :

du 31 janvier au 2 février : Théâtre National de Toulouse
du 6 au 10 mars, Théâtre National de Nice
du 18 au 27 mars : Théâtre National de Bretagne, Rennes
du 4 au 6 avril : Maison de la culture de Grenoble

Une petite douleur :

du 29 janvier au 8 février : Les Célestins, Lyon

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