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Jordi Savall à la Cité de la musique

Par Martine Rodde

Jordi-Montse©-David-Ignaszewski

Jordi-Montse©-David-Ignaszewski

Le mardi 13 septembre, Jordi Savall et ses musiciens ont offert au public de beaux moments musicaux. « Dynastie Borgia » inaugurait à la Cité de la Musique le cycle de concerts  « Passions, le désordre amoureux ». Le projet historico-musical,  né de la célébration des 500 ans de la naissance de François Borgia près de Valence, faisait revivre les moments les plus significatifs de l’époque pendant laquelle vécurent les principaux protagonistes de cette famille fascinante et singulière. Le concert rassemblait 34 courtes pièces instrumentales et vocales  écrites entre le 11ème et le 17ème siècle, et s’étendait de la conquête de la Valence musulmane au XIIIème siècle  au pontificat  triomphant et tourmenté de François Borgia,  canonisé en 1671.

Les pièces instrumentales alternaient avec les chants  a capella ou accompagnés, et de beaux textes castillan, catalan, italiens, français, qui disaient l’amour humain et divin, les batailles, la prise de pouvoir, la crainte de Dieu et de la mort : « Si tu perds mon amour, cherche toi en moi…et cherche moi en toi. »… « Vive le roi Ferdinand et la reine de Castille »… « Ci-git celui que tous redoutèrent »…

Gageure que de ne pas donner avec tant de courtes pièces le sentiment d’un concert décousu ! Mais le lien était très habilement fait, parfois  par un son de cloche qui égrenait le passage du temps, ou un roulement de  tambour dramatique, parfois aussi par d’habiles improvisations de musiciens à l’écoute les uns des autres :  dialogue de la viole soprano  de Jordi Savall par exemple et de l’oud joué par l’extraordinaire Driss El Maloumi.  Les analyses historiques très éclairantes jointes au programme venaient aussi donner une unité à l’ensemble.

L’auditeur était ainsi entraîné vers l’ardeur des batailles par les fanfares du cornet , de la saqueboute et de la chalémie,  vers la nostalgie de la vie et de l’amour ou les souffrances de l’abandon par la harpe, vers la danse par les guitares, le  santour et la morisca. Il a senti  avec le mélange des instruments orientaux et européens un peu de l’harmonie  culturelle qui régna autrefois entre musulmans , juifs et chrétiens d’Espagne. Il a aussi vu  les tourments et les déchirements du temps : Une romance sépharade fait entendre la souffrance des familles juives chassées d’Espagne en juillet 1492 ; chant sombre a capella par un quintette de chanteurs : « Demain nous serons libres en terre d’Israël »… Moment très émouvant aussi que celui de la lecture du Ban d’expulsion des morisques en 1609, qui chassa de Castille les musulmans établis là depuis plusieurs siècles. Repli sur soi, exclusion de l’autre et intolérance, rendus par une mise en scène sobre qui montrait le départ pour l’exil des musulmans chassés d’Espagne : une improvisation de style mauresque  sur l’Oud, la vielle et le Kaval, flute des balkans au son nasal si particulier, mourait en s’éloignant. Tout cela  n’était pas sans engendrer  l’émotion  ni faire naître chez le spectateur de contemporaines résonnances…

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