Agenda

Le monument vu par les écrivains à la Cité de l’architecture et du patrimoine

Par Gaëlle Bebin

Cité de l’architecture & du patrimoine © Gaëlle Bebin

Cité de l’architecture & du patrimoine © Gaëlle Bebin

C’est au XIXe siècle qu’est née l’idée de présenter des moulages de sculptures et même de pans entiers d’édifices religieux du Moyen Âge, dans la volonté de réhabiliter l’architecture romane et gothique de toutes les régions de France. Conservés à la Cité de l’architecture & du patrimoine à Paris, ces doubles – qui sont en même temps des pièces uniques – nous permettent de circuler à travers l’histoire des styles. Le parcours se poursuit du côté des châteaux Renaissance et des fontaines XVIIIe, avant de s’achever à l’étage des maquettes dans la galerie d’architecture moderne et contemporaine. Parmi les visites pour les lycées, le musée propose un « voyage littéraire dans les plus beaux monuments ».

Du Languedoc roman au gothique flamboyant, la galerie des moulage, sous la verrière XIXe, offre un magnifique aperçu des portails d’églises et permet de voir de près le détail des voussures, des tympans et des trumeaux. Au fond, chapiteaux et gargouilles sont exposés ensemble pour être comparés. Partout le plâtre a l’allure de la pierre. Il n’a pas été peint, même si toutes ces sculptures étaient polychromes à l’origine – tenter d’en restituer les couleurs aujourd’hui était trop hasardeux. Des objets manipulables permettent de comprendre comment s’équilibrent les forces, de l’arc en plein cintre roman à l’arc brisé gothique, où la croisée d’ogives et les piliers soutiennent désormais la voûte, libérant les murs qui s’ouvrent largement à la lumière. Parmi les maquettes d’architecture moderne et contemporaine, on retrouve cette obsession de la clarté avec le fameux Crystal Palace, construit à Londres pour l’exposition universelle de 1851. Son enveloppe – que les architectes appellent aussi peau – est de verre. Des lieux de culte, on est passé progressivement aux bâtiments publics de la ville, hôpitaux, gares, et lieux culturels. On observe alors comment la démocratisation de ces derniers se voit à travers leur architecture, en comparant par exemple la Bibliothèque (royale) Sainte-Geneviève et la médiathèque de Troyes. Les palais de Justice sont également intéressants à examiner, pour l’image qu’ils donnent de l’institution.

Une visite littéraire de la Cité offre la possibilité d’entendre des textes d’auteurs du XIXe siècle non seulement inspirés par le patrimoine, mais engagés pour sa défense. Mérimée tente de sensibiliser l’opinion dans ses notes de voyage et fait l’inventaire des monuments à protéger. Il s’associe à George Sand pour sauver les fresques romanes de l’église de Nohant, copiées dans la galerie des peintures murales. Hugo contribue par son roman à la restauration de Notre-Dame de Paris par Viollet-le-Duc et, dans son discours sur la ville idéale, Jules Verne imagine la cathédrale d’Amiens enfin mise en valeur. C’est par celle de Chartres que Huysmans se laisse fasciner, dans La Cathédrale : « Les colonnes accotées filaient en de minces faisceaux, en de fines gerbes, si frêles qu’on s’attendait à les voir plier, au moindre souffle ; et ce n’était qu’à des hauteurs vertigineuses que ces tiges se courbaient, se rejoignaient lancées d’un bout de la cathédrale à l’autre, au-dessus du vide, se greffaient, confondant leur sève, finissant par s’épanouir ainsi qu’en une corbeille dans les fleurs dédorées des clefs de voûte ». Zola, lui, s’intéresse à l’architecture de son temps, comme les Halles, « ventre de Paris », et les premiers grands magasins. Il évoque dans La Curée les transformations haussmaniennes de la capitale, restituées dans une maquette de la galerie d’architecture moderne et contemporaine.

Pilier des anges dans la galerie des moulages © Gaëlle Bebin

Pilier des anges dans la galerie des moulage © Gaëlle Bebin

Enfin, on pourrait penser à certaines pages d’Architecture allemande de Goethe (1772) devant le moulage du pilier des anges de Strasbourg. Ebloui par cette cathédrale gothique, l’écrivain en divinise l’architecte, Erwin von Steinbach, dont la contemplation de l’œuvre donne accès au sublime : « À l’instar des œuvres de la nature, tout ici, jusqu’au plus infime filament, est forme et concourt à la finalité du Tout. Comme la construction colossale et solidement fondée s’élève, légère, dans les airs, comme tout est percé d’ouvertures et néanmoins destiné à l’éternité ! C’est grâce à ton enseignement, ô génie, que je n’ai plus le vertige devant les profondeurs et que descend dans mon âme une goutte de cette paix délicieuse qui emplit l’esprit de celui qui peut pencher son regard sur une création pareille et déclarer, semblable à Dieu : L’œuvre est bonne ! ».

Le documentaire Les cathédrales dévoilées (Arte éditions, 2011) fait le point sur les recherches scientifiques autour des techniques révolutionnaires des bâtisseurs à l’âge gothique. Elles ont fait aboutir leur quête de la dématérialisation de l’espace, avec des matériaux utilisés également pour leur énergie spirituelle, comme la pierre sculptée. Une géométrie sacrée, à travers des mesures empruntées à la Bible, serait même au cœur des proportions de ces édifices qui incarnaient au Moyen-Age la Jérusalem céleste.

La Cité de l’architecture & du patrimoine, avec d’autres institutions en Ile-de-France, est partenaire du nouveau pôle de ressources pour l’éducation artistique et culturelle (PREAC), intitulé « Patrimoines et diversité », qui sera inauguré par un séminaire fin novembre.

Publié le par admin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *