Que faire en 140 signes ?

Publié le par La rédaction NRP

Voilà une excellente question à laquelle Delphine Regnard, professeur de lettres, et Sandrine Campese, journaliste, ont essayé de répondre. Découvrez leur petite révolution en 140 signes.

Twitter, nouvel atelier d’écriture

Par Delphine Regnard

Un certain nombre d’auteurs écrivent sur leurs blogs et sur le réseau social Twitter, pour réfléchir à haute voix et, en interaction avec leurs lecteurs, pratiquer ce que l’on nomme l’écriture web, c’est-à-dire explorer les nouvelles formes d’écriture induites par le numérique.

Au sein d’un questionnement général sur les formes littéraires

Avec mes élèves de 1re L, dans le cadre de l’objet d’étude « Réécritures », j’ai souhaité explorer les contraintes créatrices induites par les formats du blog et du réseau Twitter. Les problématiques posées sont, aussi, éminemment littéraires : comment on peut s’approprier une forme pour la façonner en texte littéraire, comment les formats techniques sont détournés dans une démarche esthétique, comment, également, les notions d’auteur et de lecteur, de littérature et d’écriture sont interrogées par ces nouvelles formes d’écriture dites ouvertes. Les interrogations soulevées par ces formes font écho à celles que rencontre la littérature depuis une trentaine d’années, qui s’interroge sur le genre, notamment romanesque.

Des ateliers Twitter

Cette étude prend la forme d’ateliers d’écriture en ligne, sur Twitter mais aussi sur le blog de la classe ; nos lecteurs pouvaient participer au moyen d’un mot-clé. Chaque tweet est à la fois, comme un vers, une microstructure, et en même temps l’élément d’un texte qui se construit au fur et à mesure que sont publiés les messages. Un des aspects particulièrement intéressants est de pouvoir à la fois faire se concentrer les élèves sur une phrase équivalant à un tweet, soumise à des contraintes (la longueur mais aussi telle figure de style, tel emploi d’un mode, etc.) puis d’étudier ensuite en quoi cette liste de tweets forme un texte qui peut être réécrit encore ensuite selon tel objectif littéraire. L’utilisation de Twitter n’est pas exclusive mais contribue à faire écrire les élèves le plus possible et dans des formes variées : ils ont ainsi noté dans leur carnet tout ce qu’ils remarquaient dans leur trajet vers le lycée. Les textes ont ensuite été publiés sous la forme de commentaires. Cette liste a suscité des remarques analytiques qui ont permis de faire comprendre les mécanismes de l’analyse littéraire.

En conclusion

C’est un travail d’écriture long : la préparation d’un seul tweetpeut prendre plusieurs heures jusqu’à la publication finale, pour laquelle on cherche la perfection, c’est-à-dire le respect de contraintes comme des figures de style imposées, ou un mode, ou un mot, jusqu’au nombre de caractères, 140, qui fonctionne comme les douze syllabes de l’alexandrin (au passage, les élèves ont de façon spontanée cherché à écrire en alexandrins).

Il s’agissait ainsi de profiter des différents formats numériques induisant autant de formes d’écriture et de situations d’énonciation. Les ateliers d’écriture, préparés, jouaient de la performance (les élèves devaient publier en même temps pour donner à lire aux lecteurs un texte en train de s’écrire sous leurs yeux, texte éphémère s’il n’est pas ensuite conservé par d’autres outils, et donc « vivant ») tandis que, sur le blog, le temps est différent et plus lent, le texte étant appelé à rester sous la forme où il a été publié. Loin d’être un facteur d’assèchement, d’appauvrissement de l’écriture et de la pensée, l’écriture par tweetau contraire la multiplie tout en permettant, par ses contraintes, un travail réel et précis sur la langue.

Twitter, professeur de grammaire

Orthotweet - Sandrine Campese

Sandrine Campese, Orthotweet, Éditions de l’Opportun, 192 pages, 9,90 €.

Et si Twitter devenait un outil pour l’étude de la langue ? Orthotweet, de la journaliste Sandrine Campese, aborde l’étymologie, la conjugaison, la paronymie ou la prononciation sous forme de minimessages en 140 signes. Chaque page du livre présente un à trois tweets consacrés à un piège de l’orthographe française. La forme brève du tweet se révèle un excellent moyen de mnémotechnique : grâce à ces formules spirituelles, instructives autant qu’incisives, on apprend beaucoup et toujours avec le sourire.

 

Et vous que faîtes-vous en 140 signes ? Venez en parler sur le forum ou rejoignez-nous sur @nprlettres

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