Regards d’artistes sur les migrations

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Par Gaëlle Bebin

 

Kimsooja, Bottari Truck – Migrateurs, 2007 – 2009 © Kimsooja

Kimsooja, Bottari Truck – Migrateurs, 2007 – 2009 © Kimsooja

Les collections d’art contemporain de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, exposées sous le titre « J’ai deux amours »  jusqu’au 24 juin 2012 à Paris, constituent un intéressant parcours visuel sur l’expérience de la migration.  Elle est donnée à voir dans une institution dont la mission première est, précisément, de changer les regards.


L’art contemporain n’est pas absent de la collection permanente, intitulée « Repères », dont l’approche des phénomènes migratoires est aussi historique et anthropologique, dans une dimension à la fois personnelle et universelle. Mais l’idée de réserver, avec cette exposition temporaire, un espace spécifique aux créateurs contemporains fait ressortir encore cette dimension.
Certains de ces artistes sont eux-mêmes issus de l’immigration et prennent comme objet leur propre expérience. Nés en France, ils évoquent en séries de photographies le retour dans le pays d’origine du père, le Maroc pour Malik Nejmi, l’Algérie pour Bruno Boudjelal. Bouchra Khalili, elle, transfigure les trajectoires des migrants – dont les récits douloureux sont enregistrés – en en faisant des constellations. L’errance, inscrite dans le ciel, devient dessin, et destin.

Les artistes explorent souvent les espaces intermédiaires (comme le périphérique parisien pour Mohamed Bourouissa) et les lieux de passage particulièrement sensibles : Ad Van Denderen photographie les frontières de l’Europe, la plage où les clandestins débarquent, la route… Denis Darzacq saisit ses modèles, jeunes danseurs en banlieue, suspendus en l’air ; mouvement entre chute et élévation.

Bouchra Khalili, The Constellation, fig.1, 2011 © ADAGP, Paris 2011

Bouchra Khalili, The Constellation, fig.1, 2011 © ADAGP, Paris 2011

Les endroits photographiés par Bruno Serralongue sont des non lieux, à l’écart, où l’on se cache provisoirement, où il ne reste plus que les traces d’un passage (série Calais).  « Je n’ai rien vu des migrants » dit aussi Mathieu Pernot : dans ses photographies, les Afghans clandestins endormis dehors sont invisibles, totalement emmitouflés dans leurs sacs de couchage. Dans un autre travail, l’artiste s’intéresse à des espaces dont la destruction a été opérée, les barres des grands ensembles, dont il retrouve l’image sur des cartes postales des années 50 et 60 qui célébraient leur modernité. En agrandissant certains détails, il fait apparaitre des présences jusqu’alors invisibles, il fait resurgir du passé les silhouettes des gens qui y ont vécu.

À l’extrémité du parcours, le collectif d’artistes Claire Fontaine nous rappelle, avec sa série de néons Foreigners Everywhere dans toutes les langues, que nous sommes étrangers partout. Chen Zhen, avec ses chaises qui sont aussi des tambours, et Mona Hatoum, avec son tapis planisphère, inscrivent leur passage d’un continent à l’autre dans les objets les plus usuels, en les rendant hybrides. « L’immigration est une transformation » écrivent les commissaires de l’exposition.
Il y a dans cette exposition des passages obligés ; on y croise naturellement les thématiques du départ, de la frontière, du sentiment d’exil, mais au-delà, c’est à notre expérience d’humains fragiles en transit sur Terre que les artistes nous renvoient – la volonté de trouver sa place, la nécessité du contact avec autrui, le besoin de repères – une expérience à laquelle personne n’est étranger.

La Chute #1, 2006 © Denis Darzacq & Galerie VU'

La Chute #1, 2006 © Denis Darzacq & Galerie VU’

Des activités pédagogiques sont proposées, ainsi qu’un dossier constitué de témoignages et de textes littéraires (Zola sur la banlieue, Issa Makhlouf sur le départ, Laurent Gaudé sur l’émigration clandestine vers l’Europe, Tilla Rudel sur la fuite à la frontière espagnole de Walter Benjamin, Camus sur le retour en Algérie, Homère sur l’errance d’Ulysse sur la mer…).

Une visite de l’exposition est offerte sur inscription aux enseignants le mercredi 14 mars à 14h30 et le mercredi 28 mars à 13h. Ce jour-là suivra une formation sur le français langue étrangère / français langue seconde de l’école à l’université, également sur inscription.
La Cité nationale de l’histoire de l’immigration a accueilli en novembre dernier le séminaire d’inauguration au pôle de ressources pour l’éducation artistique et culturelle (PREAC) « Patrimoines et diversité ». Les conférences des intervenants lors de cette journée d’étude, qui a rassemblé de nombreux acteurs de l’éducation et de la culture, sont en ligne.

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