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Projets de classe – Villette en piste, à la découverte de la création contemporaine

Publié le par La rédaction NRP

© Alex Koch / Fotolia

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À Paris, le Parc de la Villette offre des possibilités de parcours pédagogiques, comme ceux qu’ont mené à bien l’an dernier Flavia Quitiliano et Lil Moch, professeurs aux lycées Simone Weil (Pantin) et Le Corbusier (Aubervilliers).

Le projet « Et si le monde était un cirque » par Flavia Quintiliano

Le profil des élèves des classes d’accueil est très hétérogène (niveaux de maîtrise de la langue française, niveaux scolaires et parcours de vie différents). Leur arrivée au lycée dans un nouveau pays suscite des interrogations communes : « Comment fonctionne la scolarité en France ? Qu’est ce qui m’attend ? ».
Pour les aider à répondre à ces questions, on peut rendre le changement d’espace géographique, linguistique et culturel des élèves le plus agréable possible. Le cirque, et les univers qui lui sont liés, peuvent y contribuer. Monter un projet cirque avec une classe d’accueil permet la création en groupe, la création d’une solidarité de groupe, et le développement de la confiance en soi.

Au lycée Simone Weil de Pantin, un projet incluant trois parcours a spécialement été construit pour les primo-arrivants. Les jeunes participent à un parcours de recherches, au centre de documentation de l’Académie Fratellini, sur les différentes traditions circassiennes à travers le monde et l’histoire. Le but est de montrer comment des cultures et des traditions parfois éloignées peuvent avoir des pratiques communes. Ils  mènent aussi un parcours de spectateur, en collaboration avec le Parc de la Villette. Les élèves assistent à trois spectacles au cours desquels ils découvrent différentes esthétiques du cirque contemporain. Avec le parcours de créateur, ils s’initient à cet art à l’occasion d’ateliers de pratique de cirque animés par des artistes.
Le projet se déroule sur toute l’année scolaire avec la réalisation d’une chronique racontant ses étapes sous forme de comptes-rendus collectifs et de textes d’opinions personnelles. L’écriture est privilégiée comme forme de restitution des étapes du projet afin de familiariser les élèves avec ce mode de communication essentiel dans la scolarité française. Les ateliers de pratique se concluent en fin d’année avec un spectacle mis en scène, conçu et interprété par les élèves, qui s’appuie sur ce double travail de recherche et d’expérimentation corporelle et qui s’inspire dans son thème des différentes traditions et identités des élèves.

Le projet « D’autres nous-mêmes », par Lil Moch

Quand j’ai appris que les partenariats « Villette en pistes » permettaient de bénéficier (entre autres propositions alléchantes) d’interventions artistiques et d’emmener les élèves au spectacle pour la très modique somme de 600 € pour l’établissement, j’ai sauté sur l’aubaine. Je suis allée au plus vite consulter la programmation du Parc et le projet n’a pas tardé à germer : l’exposition de photos Vos rêves nous dérangent (qui était presque intégralement visible en ligne) croisée avec les quelques mots de présentation du spectacle Le Bal des intouchables (Les Colporteurs) me livrait le thème du projet : effectuer avec les élèves une exploration artistique autour de la différence, la marginalité,  la singularisation de soi quant à son milieu environnant, la projection de soi en un autre…
La Villette demandait, pour un meilleur encadrement des élèves, que le projet soit mené au sein d’une équipe pédagogique. Excellente exigence ! En quelques jours l’équipe s’est constituée et le projet a pu mûrir : mené de manière transversale en anglais, en enseignement d’exploration Arts du spectacle, en E.P.S., en français et lors d’ateliers de pratique artistique, le projet devait permettre de varier les approches d’enseignement. L’exigence d’une restitution de forme « numérique », avec la possibilité de mêler images fixes, sons, et vidéos, nous a incités à varier les modes d’exploration artistique : les élèves pourraient ainsi découvrir une exposition photo et expérimenter la prise de vues au cours des ateliers Villette associés, ils pourraient écrire des textes en cours de français, explorer l’expression théâtrale en Arts du spectacle et la danse en cours d’E.P.S., découvrir des propositions circassiennes en assistant aux spectacles et réfléchir à la réalisation d’un film documentaire poétique lors de l’atelier final de création.
En cours d’anglais, les élèves ont préparé la visite de l’exposition Vos rêves nous dérangent. Ils ont été frappés par la violence sociale de certaines photos de Mikhael Subotzky sur Beaufort West (Afrique du Sud), intéressés par les mises en scènes d’immigrés mexicains aux États-Unis, représentés en super-héros par l’artiste Dulce Pinzón, et franchement émus par les témoignages pathétiques des jeunes indiennes photographiées par Achinto Bhadra qui se représentaient sous la forme de personnages symboliques de leur relation au monde dans l’exposition Un autre moi. La découverte a été forte pour les élèves, qui après un travail d’écriture bilingue (anglais-français) sur les photos ont même témoigné leur désir de rencontrer Achinto Bhadra, à qui ils ont écrit pour l’inviter aux restitutions de leur travail.
L’atelier « photos d’identité » proposé par Laurent Chemin leur a permis d’expérimenter une situation similaire : à l’aide d’accessoires, ils devaient se mettre en scène et inventer un personnage avec lequel ils entretenaient un rapport, auquel on leur demandait de réfléchir. Les portraits réalisés étaient très beaux, et les élèves se sont à la fois amusés et impliqués collectivement et individuellement. À partir de ces photos, ils ont pu écrire des textes, traduits en anglais, présentant les personnages créés. Un véritable travail d’écriture et de réécriture a ainsi pu être mené afin de réaliser une exposition textes + photos dont ils pourraient être fiers. L’implication de chacun à cette étape du travail a été remarquable.
Le parcours s’est poursuivi en Arts du spectacle autour de la rencontre de la compagnie Les Colporteurs et de leur spectacle Le Bal des intouchables : interview   du metteur en scène d’Antoine Rigot avant d’assister à une répétition du spectacle, travaux d’écriture poétique après avoir vu le spectacle, et ateliers de création sous le chapiteau de la compagnie. La proposition de la plasticienne Magali Brien était de réaliser un film documentaire poétique autour du parcours effectué lors de notre projet. Les images déjà réalisées ont pu être mêlées à des extraits de textes lus et à des prises de vues vivantes rassemblant plusieurs formes d’exploration artistique : un travail corporel inspiré du spectacle, des bribes de chorégraphie travaillées en cours d’E.P.S. et renouvelées par un travail d’improvisation choral, une approche plastique de la projection de soi en un autre soi à l’aide de silhouettes en papier kraft marionnettisées… Les élèves se sont trouvés en position de recherche artistique et de réalisation : ils ont participé au choix des grandes lignes du montage, au choix des musiques et du titre final : D’autres nous-mêmes : nos différences nous rassemblent. L’écoute était parfois difficile entre eux mais la stimulation était toujours au rendez-vous ! Si l’unité du projet était difficile à cerner pour eux au début, elle s’est peu à peu précisée lors de nombreux temps de réflexion orale.

Les élèves ont pu continuer toute l’année à assister à des spectacles de cirque contemporain de grande qualité : Tetrakaï (CNAC) assorti d’une rencontre ; Oktobre, qu’ils ont adoré.Leurs préjugés initiaux ont fondu comme neige et leur regard de spectateurs s’est nettement affiné. Ces élèves qui au départ « n’avaient pas choisi l’enseignement d’exploration Arts du spectacle », qui se méfiaient d’un cycle danse en E.P.S., pour qui les circassiens apparaissaient plutôt comme d’étranges fous, ont effectué un véritable parcours de découverte dans lequel ils se sont impliqués avec un enthousiasme visible. Ce sont à présent des spectateurs. Quant à moi, la très belle aventure vécue avec eux, leurs rires, leur énergie, leur application me manquent déjà.

Publié le par La rédaction NRP
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