Un roman magnifique de Giono, Le Hussard sur le toit

Publié le par La rédaction NRP

Par Alexandra Huguet

nrplyc_hs_mars19_couv

Redécouvrir Jean Giono
Les auteurs et les œuvres étudiées au lycée n’échappent pas au phénomène de mode, et nous le savons bien : chaque génération se retrouve dans un auteur, un roman, une pièce de théâtre, étudiés lors d’une décennie et oubliés par d’autres. Jean Giono est de ceux-là, et particulièrement avec son roman Le Hussard sur le toit. Ce hors série de la NRP lycée vous propose de le relire, de le redécouvrir, et nous espérons que vous serez comme nous à nouveau fascinés par la lecture de cette œuvre au souffle épique et lyrique d’autant plus grandiose qu’il se double d’une distance ironique particulièrement savoureuse. Roman d’aventures, roman picaresque, roman d’amour, roman d’apprentissage : tous les genres s’y concentrent et s’y croisent, sans que jamais l’auteur ne cède à la facilité d’en privilégier un par rapport à l’autre. Cette pluralité narrative permet d’aborder ce genre en classe avec une très grande liberté et une très grande richesse, mais surtout de toucher tout type de lecteurs et de faciliter une approche personnelle, par les élèves, de la lecture romanesque. C’est sur ce point que nous avons choisi d’insister dans cette séquence, en intégrant une pratique régulière du carnet de lecture. Dans ce dernier, les élèves consigneront, au fil des lectures et des analyses, des remarques subjectives et totalement libres, des images, des citations ou des dessins, de manière à s’immerger totalement dans le roman.

« Le roman et le récit du XVIIIe au XIXe siècle »
Le choix du Hussard sur le toit pour l’application des nouveaux programmes de français en Seconde à la rentrée 2019 se justifie par ailleurs parfaitement. Ces derniers préconisent en effet un travail « dans une perspective historique et culturelle de l’évolution des formes narratives ». En étudiant la place essentielle de l’intertextualité dans ce roman, nous vous proposons de construire avec vos élèves un socle solide de connaissances du genre romanesque, allant des épopées de l’Antiquité au roman stendhalien, en passant par la chanson de geste et le roman courtois. De nombreuses lectures cursives pourront ainsi accompagner le travail de cette œuvre intégrale, que vous choisirez en fonction des objets d’étude étudiés en parallèle et en fonction du niveau de vos classes. Les prolongements interdisciplinaires sont également aisés dans cette œuvre qui se situe à la croisée des chemins, entre le roman historique et le roman moderne. De nombreux documents en ligne permettent d’entendre la voix caractéristique de Jean Giono, de l’écouter parler lui-même de son œuvre ; l’adaptation cinématographique de Jean-Paul Rappeneau de 1995 et l’adaptation radiophonique de 1953 se prêtent à des analyses comparées fécondes, et nous vous proposons dans cette séquence plusieurs analyses iconographiques qui vous permettront d’intégrer l’histoire des arts à votre séquence. Nous avons enfin assorti cette séquence de nombreux documents complémentaires, sous forme de groupements de textes étudiés dans le cadre de lectures comparées. La richesse des thèmes du roman permet encore une fois des ouvertures variées : le travail sur l’épidémie dans la littérature se révèle ainsi particulièrement pertinent, et nul doute que les élèves seront intéressés par ce thème tout à fait d’actualité. Mais vous pourrez également faire le choix d’une ouverture plus poétique, comme celle proposée sur les symboliques du grenier, ou encore plus historique et politique, avec la comparaison des épisodes de quarantaine dans le genre romanesque.

Les plaisirs du romanesque revendiqués
Lire et faire lire Le Hussard sur le toit, c’est enfin faire le choix d’une lecture-plaisir du genre romanesque assumé par son auteur. Loin des romans à thèse qu’il côtoie au XXe siècle, Jean Giono choisit délibérément d’inscrire son œuvre dans le romanesque le plus pur. Les personnages sont des personnages de roman et se revendiquent comme tels, d’Angelo, Roland Furieux en devenir, à Pauline, la belle héroïne aux qualités chevaleresques. Les longues chevauchées dans la Provence, les descriptions poétiques des paysages écrasés sous le soleil, les motifs récurrents comme les corbeaux ou la polenta, tout participe d’un élan remarquable de l’écriture qui dit tout le plaisir de l’aventure picaresque et amoureuse, d’autant plus paradoxale qu’elle s’inscrit en même temps dans la gravité d’une épidémie. La maladie elle-même devient alors la source première de ce romanesque. C’est au prisme du choléra que tout existe dans ce roman, des personnages, qui ne sont eux-mêmes que dans leur lutte constante face à la maladie, à la nature qui en porte les stigmates. Loin de n’être qu’idéologique, elle permet de reconsidérer la nature humaine, ses aspects grotesques et ses élans sublimes, sans que jamais des jugements définitifs ne soient portés. Le Hussard sur le toit trouve ici son incroyable modernité, refusant tout manichéisme, mais portant haut l’étendard de la liberté et de l’amour de son prochain, si chers à Jean Giono.

Articles sur le même thème

Nuages de tags

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *