Une année avec Shakespeare

Publié le par La rédaction NRP

Par Gaëlle Bebin

Shakespeare (DR)En 2014, on fête Shakespeare ! Pour ses 450 ans, un agenda très fourni dresse la liste des nombreux spectacles, films, colloques et lectures qui lui sont consacrés – parmi lesquels manquera la mise en scène de Comme il vous plaira sur laquelle travaillait Patrice Chéreau avant sa disparition. En voici une sélection…

 

Au théâtre

Macbeth par le Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes à partir du mois d’avril

Après le fameux cycle des Shakespeare dans les années 80 (La Nuit des rois, Henry IV, Richard II), le Théâtre du Soleil mené par Ariane Mnouchkine monte Macbeth dans une nouvelle traduction écrite en cours de travail sur le plateau, avec l’envie de créer un grand spectacle populaire qui conserverait le mystère de ce chef d’œuvre. La troupe travaille la pièce comme un polar, avec un danger permanent, un rythme haletant. Elle explore en même temps la jungle mentale de cet animal féroce que devient Macbeth, dont l’avidité maléfique trouble jusqu’à la nature elle-même. La vie, « a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing » ? Ariane Mnouchkine rappelle que ce sont là les mots du personnage principal, et que c’est aussi cette vision de l’existence qui entraîne les catastrophes dont il est responsable… Comme toujours, la scène sera le lieu de tous les possibles et un lien sera bien établi avec notre temps – une seconde pièce, en cours d’écriture par Hélène Cixous, viendra former un diptyque avec Macbeth vers la fin de l’année 2014.

Henry VI, mise en scène de Thomas Jolly, le 1er février au Théâtre de Cornouaille à Quimper, le 8 février au Nouveau théâtre d’Angers, au Festival d’Avignon en juillet ; tournée 2014-2015 en cours.

Henry VI est rarement jouée, et pour cause : au lieu d’être concentrée sur une partie de l’existence de ce souverain anglais du 15e siècle (comme l’est Richard II ou Richard III par exemple), cette pièce historique fait défiler presque toute sa vie, de ses 9 mois à la mort de son père Henry V, jusqu’aux dernières années de ses cinquante ans de règne. C’est l’épopée de la désagrégation d’un monde ébranlé par les combats – la première partie retrace sur un mode parfois bouffon l’affrontement des Anglais contre des Français dépenaillés (avec une Jeanne d’Arc aux cheveux bleus) lors de la guerre de Cent Ans –, mais bien plus par les terribles guerres intestines d’une famille divisée entre la branche des Lancastre, dont l’emblème est la rose rouge, et celle des York, à la rose blanche. Intéressante idée pour ne pas égarer les spectateurs, une « rhapsode » vient de temps en temps devant la scène pour résumer des épisodes et pour annoncer la suite, sur un mode déclamatoire humoristique. Le jeune metteur en scène Thomas Jolly et sa troupe ont mis toute leur énergie dans le cycle 1 (des funérailles d’Henry V au meurtre du protecteur du royaume) et préparent le cycle 2 pour le festival d’Avignon. Cette première partie est constituée de quelques belles scènes, cinématographiques (la guerre en ombres chinoises avec arrêts sur image), poétiques (lorsque Henry VI enfant fait place à l’acteur jouant le roi adulte), tragiques (la mort du soldat héroïque, Talbot, et de son fils), comiques (la scène de rencontre entre Suffolk et Marguerite, future reine), pathétiques (la honte publique infligée à la duchesse de Gloucester)…

Henry VI, mise en scène de Thomas Jolly © Nicolas Joubard

Henry VI, mise en scène de Thomas Jolly © Nicolas Joubard

En ligne

L’INA a créé le site en Scènes   pour mettre à la disposition de tous 70 ans d’histoire du spectacle vivant en vidéo. Le dossier « Mettre en scène et jouer Shakespeare » rassemble des extraits de captations de mises en scène par de grands artistes européens.

Le site Antigone-enligne, réservé aux enseignants, présente des extraits de captations d’une même œuvre par des metteurs en scène différents, ce qui permet de comparer les esthétiques et les choix d’interprétation. Hamlet y figure avec les mises en scène de Patrice Chéreau, Peter Brook et David Bobée.

Afin de faciliter les projets collaboratifs à distance avec d’autres classes en Europe, la plateforme eTwinning ouvre un espace spécial Shakespeare pour les enseignants.

Au cinéma

Beaucoup de bruit pour rien, en salles le 29 janvier

Le réalisateur Joss Whedon a adapté au cinéma Much ado about nothing en noir et blanc sans modifier le texte original, qui n’est que rarement coupé. Mais il a transposé l’action dans une villa d’aujourd’hui où les personnages se livrent en costumes contemporains à des occupations familières et festives – un petit déjeuner dans la cuisine, une soirée, une garden party… L’ensemble donne une impression de grand naturel et, en même temps, d’intemporalité. Tournée en douze jours, cette comédie dramatique a la vivacité nécessaire à l’étourdissante série de travestissements et de mensonges qui conduisent en quelques instants les personnages à l’amour, la jalousie, au déshonneur, au désespoir et au bonheur. Tous les personnages se déguisent, à l’insu de certains et avec la complicité des autres, grâce aux masques vénitiens de la fête, derrière un voile de mariée, au moyen d’une robe et même sous un masque de piscine. Les contorsions que s’infligent Beatrice et Benedick pour mieux tomber dans le piège qui leur est tendu par Hero, Claudio et Don Pedro dans le but de révéler leurs sentiments l’un pour l’autre sont jubilatoires. Tout comme le sont les scènes où Dogberry mène l’enquête en lunettes noires, gonflé de son importance et confondant les mots à chaque phrase.

Beaucoup de bruit pour rien, Joss Whedon

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *