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Le temps du confinement : promenade littéraire

Publié le par La rédaction NRP

Par Coralie Nuttens, professeure de Lettres classiques

Certains chantent le confinement, d’autres le dansent, plus modestement, je donnerai la parole aux auteurs qui, par hasard, m’ont accompagnée durant ce confinement. Sur ma table de chevet se trouvait Le Ghetto intérieur, très beau livre de Santiago Amigorena, dont le titre revêt une connotation particulière en cette période. Le roman raconte la naissance d’un enfermement intérieur, fruit d’une culpabilité insurmontable, qui se transmet d’une génération à l’autre. L’histoire est celle du grand père de l’écrivain, Vicente Rosenberg arrivé en Argentine en 1928, marié à Rosita, père de trois enfants. Quand celui-ci comprend que sa mère Gustawa Goldwag, après avoir enduré le cauchemar du ghetto de Varsovie, a été déportée à Auschwitz, d’où elle ne reviendra pas, il décide de se taire à jamais, seule réponse trouvée devant l’impensable, et s’impose le châtiment qui consiste à s’interdire toute possibilité de bonheur, seule posture permise, selon lui, face à l’abandon des siens. « Depuis qu’il était sorti dans la rue, Vicente avait l’impression que sa tête allait exploser. Les mots se précipitaient les uns contre les autres, et si parfois ils composaient des phrases qu’il arrivait à comprendre, des pensées qu’il arrivait à suivre, le plus souvent ils se battaient et tombaient défaits sur le trottoir, […] Vicente marchait et regardait ces mots morts, piteux, déplorables, et il se disait […] qu’il fallait arrêter de penser. […]Et il marchait, et il pensait -et de nouveau tous les mots lui devenaient insupportables. » Libre mais enfermé dans la culpabilité, Vicente se voit confiné dans un silence qui ne le quittera plus jusqu’à sa mort. Comment prendre le relais quand on hérite de ce silence et de cette culpabilité ? Par les mots et l’écriture. Parce que le silence ne règle rien. « J’aime penser que Vicente et Rosita vivent en moi, et qu’ils vivront toujours lorsque moi-même je ne vivrai plus – qu’ils vivront dans le souvenir de mes enfants qui ne les ont jamais connus, et dans ces mots, que grâce à mon cousin aîné, j’ai pu leur adresser. », conclut Santiago Amigorena. Le renoncement de l’un devient la vocation de l’autre, le refus des mots laisse place à l’écriture, l’enfouissement devient jaillissement, le non-sens s’efface devant la résurrection du passé.

Mme Roland, dont les Mémoires attendaient depuis longtemps que je les ouvre, fut enfermée mais garda sa liberté intérieure. Emprisonnée pendant la Terreur, d’abord à la prison de l’Abbaye puis à Sainte-Pélagie, elle choisit de s’échapper par l’écriture en rédigeant ses Mémoires, témoignage passionnant d’une femme qui brosse le portrait des hommes de son temps – Danton, Brissot – avec intelligence et perspicacité. On est frappé par la modernité de cette femme et la qualité de son style. Si la phrase célèbre qu’on lui prête lorsqu’elle monta à la guillotine « O liberté, que de crimes on commet en ton nom », est sans doute de Lamartine, les quelques lignes qui suivent témoignent de sa lucidité sur l’art de gouverner et pourraient être méditées par les hommes politiques :

«  Je n’aurais jamais cru, si les circonstances ne m’avaient mise à la portée d’en faire l’expérience, combien sont rares la justesse et la fermeté de caractère ; combien peu d’hommes par conséquent sont propres aux affaires et moins encore à gouverner. Voulez-vous la réunion de ces qualités à un désintéressement parfait ? Voilà le phénix presque impossible à trouver. Je ne m’étonne plus que les hommes supérieurs au vulgaire, et placés à la tête des empires, aient ordinairement un assez grand mépris pour l’espèce ; c’est le résultat presque nécessaire d’une grande connaissance du monde, et pour éviter les fautes où il peut entraîner ceux qui sont chargés du bonheur des nations, il faut un fond de philosophie et de magnanimité bien extraordinaire. »

Pour moi, je retiendrai ce programme qu’elle s’est fixée en prison, qui me rappelle le goût de Voltaire pour le travail et l’étude :

« La fermeté ne consiste pas seulement à s’élever au-dessus des circonstances par l’effort de sa volonté mais à s’y maintenir par un régime et des soins convenables. La sagesse se compose de tous les actes utiles à sa conservation et à son exercice. Lorsque des événements fâcheux ou irritants viennent me surprendre, je ne me borne pas à me rappeler les maximes de la philosophie pour soutenir mon courage ; je ménage à mon esprit des distractions agréables et je ne néglige point les préceptes de l’hygiène pour me conserver un juste équilibre. Je distribuai donc mes journées avec une sorte de régularité. Le matin j’étudiais l’anglais  […]Je dessinais ensuite jusqu’au dîner, […] Aussi l’étude des beaux-arts considérée comme partie de l’éducation chez les femmes, doit, ce me semble, avoir moins pour objet de leur faire acquérir un talent distingué que de leur inspirer le goût du travail, […] et de multiplier leurs moyens d’occupation ; car c’est ainsi qu’on échappe à l’ennui, la plus cruelle maladie de l’homme en société ; c’est ainsi qu’on se préserve des écueils et du vice, et même des séductions bien plus à craindre que lui. »

Après un simulacre de procès, Manon Roland fut guillotinée le 8 novembre 1793. Quelques mois plus tard, son mari puis son amant la rejoignirent en se donnant successivement la mort.

Songeant à reprendre une classe de première l’an prochain, je relis Les Mémoires d’Hadrien. Certaines citations retiennent un peu plus mon attention au regard de notre situation. L’empereur, malade et proche de la mort, revient sur sa capacité à allier liberté et soumission : « Il n’y a qu’un seul point sur lequel je me sens supérieur au commun des hommes : je suis tout ensemble plus libre et plus soumis qu’ils n’osent l’être. Presque tous méconnaissent également leur juste liberté et leur vraie servitude […] La vie m’était un cheval dont on épouse les mouvements, mais après l’avoir de son mieux dressé […] Mais c’est encore à la liberté d’acquiescement, la plus ardue de toutes, que je me suis le plus rigoureusement appliqué. Je voulais l’état où j’étais ; dans mes années de dépendance, ma sujétion perdait ce qu’elle avait d’amer, ou même d’indigne, si j’acceptais d’y voir un exercice utile.»

La sagesse et l’exigence de ce programme, qui relève moins du stoïcisme que « d’un secret acquiescement ou d’une plus souple bonne volonté », jointes à la beauté de la langue de Yourcenar et au choix de la première personne, offrent au lecteur un instant de grâce. L’auteur obtient ici ce à quoi aspire tout écrivain : forger un moule parfait dans lequel fondre sa pensée.

L’étude et le dessin, la liberté dans la soumission et l’acceptation, le choix de l’écriture contre le silence, ces attitudes m’inspirent et brisent les frontières d’un confinement imposé. Par ces lectures, je voyage en Argentine, sur les routes de Rome, de Grèce et d’Egypte, je revis des périodes tourmentées de l’Antiquité, de la Terreur ou de la seconde guerre mondiale, autant de moments charnières, de circonstances exceptionnelles et de ruptures qui ne sont pas sans évoquer le présent.

« Je me sentais responsable de la beauté du monde »  fait dire Marguerite Yourcenar à son personnage,  fondant ainsi ensemble le projet de l’homme politique et de l’écrivain. Cette phrase fait écho à un article récent de Marcel Conche (1), que me transmit l’être avec lequel je partage ma vie : « Seule la beauté émeut ». Faire de ce confinement une expérience de beauté partagée.

(1) « Seule la beauté émeut », entretien avec Marcel Conche, publié dans Le Point le 13 avril 2020.

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La figure du père

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On ne peut réduire la figure du père à un thème. C’est véritablement un motif littéraire. Les séquences en font la preuve dans la littérature patrimoniale ; le dossier fait le choix de textes très contemporains. 

Cliquez sur l’image pour afficher un extrait du dossier 

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Hors-série lycée : une terre et des hommes

Publié le par La rédaction NRP

Une terre et des hommes, carrés classiques L’an dernier, la collection Carrés classiques publiait plusieurs anthologies, dont une, magnifique, sur les liens qu’on peut tisser entre littérature et nature. Pour aborder ces questions qui sont aussi poétiques que politiques, le hors-série livre un mode d’emploi de l’anthologie, rédigé par des professeurs de lettres, un spécialiste d’histoire des arts et une biologiste de l’INRA dont les travaux concernent l’éthique des plantes.

Alors que les questions environnementales soulèvent des inquiétudes de plus en plus vives, il serait étrange de ne pas s’attarder sur la manière dont l’écriture, qu’elle soit argumentative, fictionnelle ou poétique, prend en charge les rapports de l’homme à la nature. On ne saurait en effet réduire cette relation à un discours d’éloge, à des tableaux magistraux, à des évocations nostalgiques. Lire des textes sur la nature, c’est cheminer de la science à la poésie. C’est aussi s’engager aux confins de la sociologie, de l’économie, de la politique et de la philosophie, qu’on pense au «roseau» de Pascal, à «l’état de nature» de Rousseau, au « jardin » philosophique que Voltaire imagine au terme du voyage de Candide, ou au « nature writing » de l’américain Thoreau. L’anthologie de la collection « Carrés Classiques » fourmille de textes qui pourront servir, en classe, une approche plurielle du thème de la nature, à la rencontre d’écrivains qui adoptent des stratégies diverses ; certains racontent la terre, d’autres l’étudient, l’analysent, d’autres encore se fondent en elle jusqu’à inverser les rôles, les plantes et les hommes se mêlant en d’étonnantes chimères. On y trouve des pages paysages, des tableaux d’une nature sauvage dans laquelle les hommes se perdent et se retrouvent, de beaux jardins et les portraits de ceux qui en prennent soin, des fleurs véritables qui deviennent des fleurs de rhétorique. On y trouve aussi l’ombre portée de l’arrogance des hommes qui n’y comprennent rien, et qui détruisent sans vergogne celle qui les nourrit et les protège. Ce hors-série s’ouvre sur un dossier de Daniel Bergez, auteur du beau-livre Écrire la nature (Citadelles et Mazenod, 2018.), qui dégage les enjeux artistiques des relations entre l’homme et la nature. Il contient ensuite des parcours composés à partir de sélections de textes de l’anthologie en lien avec les programmes de 1re. Dans le cadre de l’étude de la poésie, des lectures conjuguées à des exercices d’écriture invitent les élèves à épouser le regard des écrivains, puis à se donner le temps d’observer les lieux qui les entourent et d’écouter les paysages qui les habitent. Une autre séquence s’intéresse aux textes et aux œuvres picturales qui interrogent la place de l’homme dans cet ensemble organique que constitue le vivant. Réflexion qu’on pourra prolonger grâce à la proposition de Sylvie Pouteau, biologiste, qui lie les textes littéraires à sa culture scientifique et philosophique, un angle inhabituel pour les professeurs de français, qui permettra, en 1re S, d’anticiper et de préparer une partie des programmes de SVT et de philosophie de Tle.

Cliquez sur l’image pour découvrir des extraits du supplément

Couverture hors série une terre et des hommes

 

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La littérature actuelle dans la NRP, une affaire à suivre !

Publié le par La rédaction NRP

Les élèves d’aujourd’hui doivent, aussi, lire des livres d’aujourd’hui.

La revue collège propose régulièrement des études de textes contemporains, en particulier dans les éditions jeunesse.  Dans la revue lycée de septembre, l’article « pédagogie » passe en revue les différents moyens de concilier littérature patrimoniale et textes actuels.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires et de vos propositions pédagogiques autour des littératures contemporaines à l’adresse nrpediteur@nathan.fr.

Retrouvez ci-dessous l’article de la NRP lycée de septembre, consacré à l’étude de la littérature contemporaine et les liens possibles avec la littérature patrimoniale.

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En septembre et en octobre dans la NRP Lycée, focus sur le programme de Tle L

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Retrouvez en septembre une étude approfondie des Faux Monnayeurs et du Journal des Faux Monnayeurs  et en novembre, celle de La Princesse de Montpensier et de son adaptation filmique par Tavernier. Chaque étude contient une série de questions qui répondent aux exigences de l’examen. Et pour compléter ces textes deux séries de  vidéos sont en accès libre sur le site de la NRP lycée, cliquez sur les titres des œuvres pour y accéder.

Et découvrez ci-dessous un extrait de la séquence proposée par Stéphanie Bertrand. 

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Les romans courts sont-ils de grands romans ?

Publié le par La rédaction NRP

Le roman court n’a pas le cuir aussi épais que les modèles du grand roman qui, de Balzac à Dostoïevski, dépassent régulièrement les quatre cents pages. On aurait tort pour autant de l’assimiler à la nouvelle dans la mesure où il reste indépendant d’un recueil. Pouvant faire l’objet d’une certaine condescendance critique, son succès n’en demeure pas moins bien établi. Son architecture narrative très lisible couplée à une forte intensité émotionnelle, à l’instar du Message d’Andrée Chedid (2000), peut expliquer son audience, par ailleurs renforcée par la scolarisation de textes bénéficiant d’un accompagnement didactique comme Mademoiselle Chambon d’Éric Holder (1996).

L’ère du soupçon

Comme en témoigne le succès des récits brefs d’Amélie Nothomb, le développement du roman court est lié à une forte demande du lectorat. Aussi peut-on être enclin à le caractériser, au premier abord, de façon dépréciative, en l’apparentant à un phénomène spécifiquement éditorial. L’appellation « roman court » demeure ainsi soumise à une forme de suspicion critique, dans la mesure aussi où les textes relevant de cette catégorie ne réclament pas, a priori, de longs efforts de lecture. Le procès en artificialité du roman court est par ailleurs renforcé par le mode de production éditoriale. Des écrivains populaires comme Éric-Emmanuel Schmitt, auteur de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (2001), ont un rythme de publication accéléré que rendrait sans doute inenvisageable la conception de récits plus développés nécessitant un lourd travail de recherche informative.

Un secret exemplaire

Doté d’une construction narrative quasi parfaite, Un secret de Philippe Grimbert (1995) peut être défini comme le roman court populaire type : cinq sections non titrées et un épilogue. Trois sections précèdent la narration du « secret»,  la quatrième est devenu frère « réel », et de ses parents, la cinquième narre les conséquences de la révélation. Sur le plan actantiel, ce roman court est d’une grande efficacité dramaturgique. D’un côté, Simon, force de la nature comme son père, et de l’autre le je « narré » et « narrant », « roseau pensant » fragile à l’inverse de ses parents ; d’un côté, Tania (la sculpturale) et de l’autre Hannah (la chétive) ; d’un côté Sim le chien en peluche et de l’autre Écho le chien adoré de Maxime. On pourrait, selon la même perspective binaire, évoquer les opposants : la tante Esther qui « avait dû ressembler à Sarah Bernhardt du temps de sa splendeur » et la tante Élise qui « défendait farouchement ses opinions marxistes au cours du repas familial hebdomadaire ». Ce système symétrique se retrouve jusque dans le passé des personnages principaux, le père de Tania ayant quitté très tôt le foyer familial tandis que la mère de Maxime est morte précocement…

Cliquez sur l’image pour lire le dossier complet de la NRP lycée de mars 2017

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Cliquer sur l’image pour voir un extrait de la séquence 1re « Deux romans courts sous le signe du Japon ».

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À table ! Nourritures et bonnes manières – n°67 novembre 2015

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À table avec l’honnête homme 2de

Scènes de repas dans la littérature française des XXe et XXIe siècles 1re

Voir la fiche produitSommaire du hors série

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Présence de Gide : Les Faux-Monnayeurs et Journal des Faux-Monnayeurs

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Stéphanie Bertrand, maitre de conférences en langue et littérature à l'université de Lorraine

 

Le programme du baccalauréat littéraire regroupe, sous les objets d’étude « La genèse : lire-écrire » et « La publication : lire-publier », le roman des Faux-Monnayeurs et le Journal des Faux-Monnayeurs, publiés respectivement en 1925 et en 1927. Il associe ainsi, d’un côté, le seul « roman » écrit par Gide, de l’autre, une œuvre hybride, qui se présente comme le journal de création du roman, mais aussi comme un écrit théorique sur le genre romanesque.

 

Dans ces cinq vidéo-conférences, Stéphanie Bertrand, maître de conférences à l’université de Lorraine, spécialiste de la littérature des XXe et XXIe siècles, nous en dit plus sur ces œuvres.

La genèse des Faux-Monnayeurs et Journal des Faux-Monnayeurs

La réception des Faux-Monnayeurs

La mise en abyme dans Les Faux-Monnayeurs

L’art de la composition

Le roman et son lecteur

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Regards sur l’Orient – n°65 mai/juin 2015

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L’Orient dans la littérature du XIXe siècle : une construction occidentale ? 2de

Voyages, exils : expériences de l’altérité, interrogations sur l’identité 1re

Voir la fiche produitSommaire de la revue

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Étudier une œuvre de Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014

Publié le par La rédaction NRP

La NRP vous propose un hors-série consacré à Dora Bruder de Patrick Modiano

 Pour des classes de 1re, l’écriture sobre et maîtrisée de ce roman permet d’accéder à une réflexion passionnante sur l’histoire et la mémoire, sur la trace que nous laissons et celle que laisse un texte littéraire.

Découvrez un extrait.

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